Liwa Challenge: rêve de dunes, cauchemar de sable.

IMG_20160212_113934 (1)J’avais bien entendu répondu à la très gentille invitation des organisateurs, Jean-Marc et Michel, de venir participer à la deuxième édition du Liwa Challenge, une épreuve organisée sur 100 et 200 kilomètres dans le désert du Liwa, à Abu Dhabi.

C’est une partie de la Terre que je ne connaissais finalement pas bien: je m’y suis souvent arrêté de courts instants pour me rendre en Asie de l’est, en transit aéroportuaire, et même si j’y ai déjà passé de courtes nuits et aperçu la forêt de grattes ciels d’Abu Dhabi et de Dubaï, je ne peux pas dire que je n’allais pas ici vers une nouvelle découverte.

Des bosses et des dunes

Ma découverte, en premier lieu, fut bien sûr celle de ce désert du Liwa. Car oui, il y a bien de jolis bouts de désert dans les Emirats. Le Liwa n’est pas un terrain de jeu très étendu, de l’aveu même des organisateurs de la course, mais il possède une particularité qui lui donne à la fois son charme paysager et sa difficulté en terme de sol et d’appuis pour y courir: il est constitué d’immenses dunes de sable mou et fin, entrecoupées de zones plus plates et où le sol est un peu plus porteur, mais à peine, appellées ici Shapka.

A peine arrivons nous au campement, installé au pied d’une dune de très belle taille, que le décor est planté: c’est là que nous allons évoluer pour ce Liwa Challenge. Et de challenge, il en sera question, car les conditions météo ne sont pas simples: il fait assez frais la nuit, et surtout bien chaud (tout de même pas l’extrême que j’ai connu au Tchad l’an passé, mais tout de même) la journée. Le soleil tape très fort et sans aucune ombre, c’est surtout ce dernier point qui m’inquiète puisque j’ai déjà connu bien des déboires sous ces climats.

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Il nous reste une nuit avant l’épreuve, que nous passons sous la tente. Mon compagnon de chambrée tousse abondamment: Jérôme, un sympathique coureur de la région parisienne que j’avais déjà croisé sur quelques épreuves, dont la Trans’aq il y a bientôt dix ans, a malheureusement contracté une belle bronchite avant son départ, en participant à de très humide régionaux de cross: il ne pourra même pas prendre le départ, trop fiévreux et affaibli. Quant à moi, vers onze heures, je me trouve à peu près prêt, en compagnie de mes cinquante autres camarades d’aventure. A peu prêt, car je me dis que je n’ai pas assez investi dans cette course, au moins sur le plan psychologique, et que je ne l’ai pas assez préparé d’un point de vue logistique: mon sac est plutôt lourd (7 kilos) et j’aurai pu optimiser… Mais il est trop tard pour s’en préoccuper. De toutes façons, l’idée est de terminer et d’en profiter, la performance, hasardeuse sur ce type d’épreuve, est secondaire.

Une course au forceps

Je vais cependant connaître bien des déboires physiques durant cette course et ne pourrai guère en profiter… Je pars pourtant plus que prudemment, sans presque courir dès les premiers hectomètres: le soleil, à cette heure, tape déjà très dur. Le sol, comme je le pensais, se révèle très difficile: c’est du sable bien mou, partout ou presque, et pas un seul appui ne me semble répondre naturellement à l’autre. Je dois m’employer à chaque pas, et mon pas s’accorde bien mal de ce terrain si particulier. Le dénivelé, les dunes, se montre bien vite assez piquant, mais c’est surtout la conjonction de ce sol fuyant et trop meuble et de ce soleil brûlant qui m’épuisent. Autour de moi, d’autres coureurs ont l’air de mieux s’en tirer. C’est ainsi…

Je me trouve cependant des compagnons de route, qui rendront mon pénible effort moins solitaire et plus agréable. Ainsi, je fais d’abord la route avec Valérie, une très valeureuse quinquagénaire de Clermont-Ferrand, qui, s’étant mise à courir sur le tard, s’est découvert un véritable goût (et des aptitudes certaines!) pour les longues distances. Elle me dit avoir trouvé, grâce à son premier « professeur » de course à pied, un « rythme  » qu’elle est capable de maintenir indéfiniment ou presque. En tous cas, elle est capable de trottiner dès que le terrain se trouve être un peu plus propice, ce que je n’essaie même pas de faire. Néanmoins, nous faisons route ensemble jusqu’à ce que je ressente les premiers effets d’un bon coup de chaleur qui va m’annoncer une « fin de course » très difficile, alors même que nous n’avons parcouru qu’une quinzaine de kilomètres, et encore.

Côté paysage, car à ce rythme je devrais être capable d’en profiter, les champs de dunes succèdent aux champs de dunes: ce désert du Liwa est un impressionnant bac à sable aux vallonnements de sable majestueux. C’est beau mais un peu monotone, même si de subtiles variations, de formes et de lumières, peuvent y ravir le regard. Néanmoins, je suis bientôt dans un état trop limite physiquement pour m’y absorber davantage. Je rentre en souffrance, et ce n’est malheureusement qu’un début…

Cependant, je suis moins à plaindre que certains de mes compagnons: Valérie et moi trouvons d’abord nos copains espagnols Xavi et Antonio: ce dernier est allongé, l’air bien mal en point. Xavi est inquiet, son ami s’est affalé d’un coup, de tout son long, dans le sable, et depuis il vomit et tétanise de tous ses muscles. Il lui a installé, à l’aide de ses bâtons et de sa couverture de survie, une tente de fortune pour le protéger un peu des rayons du soleil. Nous tentons d’appeler l’organisation pour venir secourir le pauvre Antonio, mais le réseau ne passe pas à cet endroit, aussi l’abandonnons nous, après qu’il nous ait tout de même assuré de sa bonne santé relative, pour aller quérir un endroit où le réseau passe, un peu plus loin. Et justement, un peu plus loin, nous trouvons Christian, un bon coureur venu de Versailles, affalé lui aussi dans le même état. Nous lui mettons une couverture de survie et poursuivons notre chemin, car le réseau ne passe toujours pas. Nous sommes un peu inquiet et comme je ne me sens pas bien non plus, ce n’est pas très rassurant…

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Un petit kilomètre après, nous croisons heureusement des voitures de la course, que nous chargeons d’aller porter secours à nos amis victimes de coup de chaud. Ils seront rappatriés sur les CP proches et tout ira bien pour eux, même si bien sûr ils devront faire une croix sur leur course aujourd’hui. Je n’en suis pas encore là, mais en arrivant au CP 2, je n’en mène pas large: j’ai la nausée, mes forces m’ont fuit et je me traîne lamentablement, incapable d’avancer à bonne allure et de penser à autre chose qu’à mes maux d’estomac et la chaleur.

Je repars malgré tout, m’enfonçant dans les dunes et le soir, en compagnie de Xavi. Valérie s’en est allé pour faire une belle course. Xavi n’est pas bien en forme non plus: il est faible et pâle, mais lui peut manger et engouffre une bonne partie de ses provisions à mesure de notre lente progression commune. Décidément, ce Liwa Challenge est particulier, parce que Xavi, il en a fait des courses et son palmarès compte de nombreuses victoires probantes. La nuit tombe, mais ne m’apporte pas le regain de fraîcheur escompté. Je dois même vraiment puiser dans mes forces pour suivre mon ami catalan et trois autres coureurs jusqu’au prochain CP, fixant mon regard sur leurs frontales, qui s’éloignent sans que j’y puisse rien.

Coup de chaud

J’arrive vraiment très fatigué à ce CP et je dois m’y reposer longtemps. Le vent soufffle et joue des tours à la tente installée sur les lieux, mais je suis vraiment trop fatigué et malade pour y prendre garde. D’autres coureurs arrivent pendant mon long repos. Mon idée est alors de tenter de récupérer un peu pour au moins finir la course des 100 kilomètres, qui me semble raisonnable mais même ce challenge là me semble alors difficile. Je vais rester près de cinq heures arrêté là.

Je décide enfin de repartir, pour tenter de profiter des heures les plus fraîches, en compagnie de Myriam , qui découvre la course en tant que participante après avoir souvent oeuvré dans l’équipe médicale de l’organisation. Nous discutons agréablement un moment, je me sens un peu mieux sur les premiers kilomètres de cette section qui nous mène à nouveau au pied d’immenses dunes. Mais comme une batterie insuffisamment rechargée, mon niveau de forme décroit bien vite, d’autant que je ne peux toujours quasiment ni boire (lorsque j’essaie, je vomis immédiatement) ni mager… Du coup, après avoir grimpé des dunes aux pentes féroces sous un soleil revenu, je me traîne littéralement dans les derniers kilomètres qui nous séparent du dernier PC. J’y laisserai d’ailleurs Myriam repartir avec Cécile (c’est bien la première fois que je la vois pendant une course où nous participons tous les deux! Mais elle semble plutôt en bonne forme), préférant à nouveau me reposer un long moment, au bon soin des bénévoles de ce dernier ravitaillement, où je retrouve mon compagnon de chambrée, venu donner un bon coup de main malgré sa bronchite. Leur sollicitude me fera vraiment du bien.

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C’est finalement en compagnie du joyeux groupe de coureurs suivant, arrivé environ une heure après et qui prendront eux aussi des forces et du repos, que je repars finalement pour le dernier tronçon. Aucun regret sur l’instant, ou presque, de ne pas continuer sur le 200 kilomètres (qui me semble aussi faire beaucoup d’aller-retours pour aller « chercher » la distance sans constituer une boucle logique), je suis vraiment trop mal pour y songer.

Mes derniers compagnons de route de cette longue journée s’appellent Karyn, une institutrice qui reçoit à chaque CP une lettre d’encouragement écrite par ses élèves, Michel, Laurent, franco-britannique à l’humour british, et Thibaud, qui vit à Abu Dhabi depuis cinq ans. Ils sont fatigués mais portés par l’espoir de voir se rapprocher la ligne d’arrivée et d’arriver au bout de leur beau challenge personnel. Le décor n’a pas changé: nous passons toujours de dunes en shapka. De mon côté, ça commence tout juste à aller mieux. Je discute un moment avec Thibaud, qui bosse chez Thalès. Il me fournie d’intéressantes informations sur le pays, régit par un Islam tolérant (on construit même des églises), où il se plaît bien. L’été, cependant, il n’est presque pas possible de sortir dehors tant il fait chaud. C’est aussi le pays du monde où l’immigration est la forte (88% d’immigrés!) et un beau melting-pot.

C’est ainsi, entre phases de bonnes marches et quelques petits repos, que nous approchons de l’ultime dune de laquelle nous allons dégringoler vers l’arrivée. Notre allure s’accélère un peu, le soleil se couche. Nous arriverons tous main dans la main au bout de ces 100 kilomètres qui ne ressemblent à aucun autre. Cécile et Myriam sont là aussi, elles sont arrivées à peine une minute avant finalement, en ayant bien pris leur temps pour finir.

Une chouette après-course!

Le temps de profiter un peu de l’instant, et de constater que mon état s’est améliorer, et je file trouver un sommeil réparateur sous ma tente.

Le lendemain, tout en accueillant les concurrents du 100 et du 200 kilomètres qui en terminent à leur tour, dont Valérie qui enlève brillamment la première place féminine du 200 kilomètres, la détente est au programme. Je discute gentiment avec les autres coureurs et le staff. Nous baignons dans une douce fatigue. Je passerai ainsi les deux journées suivantes, tranquillement, sur le campement. L’occasion bien sûr de penser à mes prochains projets, et ils sont nombreux et émoustillants, de lire, de tenter d’écrire un peu même si la concentration me fait défaut, de rencontrer surtout. Je suis certes un peu embêté, non pas de ma « contre-performance » sportive en elle-même mais plutôt du fait de n’avoir pas pu, ou pas su, résister aux conditions particulières de cette épreuve, mais je passe tout de même de très bons moments à l’abris de la grande dune. Le dernier soir, nous grimpons en petit groupe y admirer le coucher de soleil, alors que quelques émiratis proposent des tours de dunes dans des bolides construit pour faire « mumuse » dans le sable: sensations fortes garanties.

 

Mais la découverte n’est pas tout à fait fini car nous passons ensuite une journée en ville, et j’ai plaisir à découvrir cet endroit, où en général je ne fais que passer. L’architecture, toute de verre et de béton, est plutôt intéressante. J’effectue avec Jérôme et Christian, deux très bons coureurs qui n’ont cette fois ci pas eu de chance (encore moins que moi!), un bien agréable footing sur la corniche longeant la mer. Il fait bon, nous refaisons le monde en courant. Demain, nous rejoindrons l’hiver européen mais cette dernière journée dans la douceur d’Abu Dhabi est un bel épilogue à ce Liwa Challenge qui restera un chouette souvenir et un beau rêve de dune, malgré la souffrance de l’instant.

 

 


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