Eco-Trail de Paris Ile-de-France: quand terminer la course est une victoire…

Samedi, je participais pour la première fois depuis cinq ans à l’Eco-Trail de Paris. J’avais couru les trois premières éditions de cette épreuve, sur le 80 kms, qui se déroule sur des terrains qui me sont familiers: un départ de la base de loisirs de Saint-Quentin en Yvelines, puis quelques foulées dans la forêt de Versailles, avant de rejoindre les bois de Chaville, puis Meudon et enfin le parc de Saint-Cloud. Malgré tous les débats (pas toujours utiles à mon sens ) autour de cette course (est-ce un trail? …) j’avais toujours apprécié son parcours, qui réussit tout de même le tour de force d’amener à Paris à travers 70 kilomètres vraiment bien verts (et c’est vrai cinq kilomètres environ très pénibles et urbains sur la fin, à Issy, avant de rejoindre les quais de Seine parisien et finir à la Tour Eiffel) et j’étais donc tenté de me « challenger » encore une fois sur ce parcours. Cette année, je n’étais pas en voyage à la date prévue, et comme je suis à nouveau francilien depuis un an et demi, c’était logique!

Logique, volontaire, mais pas forcément simple: je me souviens aussi que mes trois premières participations n’étaient pas de longues balades tranquilles. Une course de 80 kilomètres à travers bois, en Ile-de-France, émaillée de jolies bosses mais jamais bien longues, c’est très exigeant. De la « vraie » course à pied où il faut « envoyer de la foulée » 80 kilomètres durant. Bref, c’est dur et très intense, peut-être plus que certaines courses plus montagneuses qui permettent de longs temps de marche et une gestion différente. Là, il faut foncer, ou essayer. Lors de mes trois participations, j’avais « craqué » deux fois, finissant comme je pouvais autour de la 20e place, et la dernière j’étais bien mais je me suis égaré un moment, perdant plus de 15 mn et beaucoup d’énergie pour le même résultat final… Mais mon entraînement et mon niveau de vitesse de base d’alors étaient tout de même bien plus élevés. Pour le « grand randonneur » que je suis devenu, cet Eco-Trail était un challenge assez difficile. Je n’avais sans doute pas assez couru de séances spécifiques avant la course, et surtout mon tendon d’Achille gauche me cause des soucis depuis deux mois, m’obligeant à être prudent avec la vitesse. Aussi, j’étais relativement prudent dans mes objectifs: terminer entre 7 et 8 heures de course et prendre du plaisir à retrouver l’ambiance et le parcours de cette course.

Un départ compromis! 

De tout cela, j’ai bien failli ne pas profiter du tout ce samedi: me rendre sur la ligne de départ ne fut en effet pas un long fleuve tranquille! La ligne 5 du métro s’arrête soudainement: bloqué! J’attends quelques minutes mais pas d’espoir de reprise du trafic: un petit footing de mise en jambe plus loin et je me rabats sur la ligne 8, d’où je compte rejoindre le RER C par Invalides. Arrivé là, nouvelle tuile: le RER visé a 30 minutes de retard. Ca va être très juste pour se rendre au départ, mais je ne suis pas seul : le quai est rempli de traileurs inquiets. Je textotte l’organisateur en chef pour le prévenir de la situation, au cas où. Nous arriverons juste à temps à Saint-Quentin.

Cinq minutes après à peine, je m’élance en compagnie de près de deux milles autres coureurs à l’assaut de ces 80 kilomètres franciliens. Il fait frais, gris, mais les conditions sont bonnes pour courir.

ECO TRAIL 16

Photo YM Quemener.  Avec l’ami Damien Vierdet sur les premiers kms. 

 

Sans doute à cause de l’énervement dû à ce trajet compliqué, peut-être aussi parce que la forme n’est pas si mauvaise, je pars assez vite. Il faut dire aussi que les premiers kilomètres autour de Saint-Quentin sont assez plats et très roulants. Je sens que l’allure est un peu rapide, mais je me sens bien, à l’aise. Je reviens vite à la hauteur de Damien Vierdet avec qui je vais partager les 20 premiers kilomètres. Je vois bien, au vu des amis qui courent autour de moi, que je me retrouve avec des athlètes avec lesquels je courais quand j’étais « bien entraîné » ce qui me paraît curieux au vu de mon niveau actuel, mais je me sens plutôt bien, alors…

Néanmoins, dès la traversée de Saint-Quentin en Yvelines, où je reconnais certains passages tout près de mon ancien lieu de travail, et découvre le vélodrome que je n’avais jamais vu, je ressens des douleurs assez vive venues de mon tendon d’Achille et de mon mollet gauche: la suite va être compromise.

 

Dialogue avec mon tendon

Après le premier ravitaillement, la douleur est la plus forte. En plus, j’ai dû beaucoup compenser en appuyant davantage sur mon pied droit : j’ai également mal par là! Du coup, en quelques kilomètres, le mal prend le dessus et je dois réduire mon allure. Pire, un peu plus loin, c’est carrément insupportable. Je ne peux pousser sur ma jambe gauche et le pied droit me fait mal. Je m’arrête six ou sept fois pour tenter de modifier le laçage de ma chaussure droite et retrouver plus de confort, mais je claudique lamentablement. Seuls les quelques côtes raides, où tout le monde marche, me laissent quelques répits. Partout où j’essaie de courir, la souffrance est forte. Un ruban de coureurs me double. Beaucoup se soucient très gentiment de mon état, et je vois de nombreuses têtes connues parmi eux. C’est très sympa.

Néanmoins, j’ai du mal à ne pas penser exclusivement à mes petits soucis de pieds et de tendon, et surtout je me demande comment je vais faire pour avancer jusqu’au bout. C’est qu’il en reste des kilomètres et je ne me vois pas finir juste en marchant: sur un tel terrain, c’est tout de même très long… Du coup, même le parcours me paraît plus triste que dans mon souvenir. Il faut dire que le temps ne s’y prête pas: les feuilles sont encore rares et dans cette journée sans soleil, les bois me paraissent encore vraiment en hiver.

J’essaie cependant de positiver et de me relaxer. Finalement, et heureusement, la douleur au pied droit s’évacue vite et celle du tendon, toujours bien présente, se calme un peu. Après le ravitaillement de Chaville, au 55e kilomètre, je vais pouvoir reprendre un petit rythme. Malgré le stress engendré par les douleurs, j’ai gardé une bonne énergie et de ce côté là, même si l’effort est exigeant, ça ira jusqu’au bout. Je trottine mieux, discute avec quelques amis dont David pendant quelques kilomètres, me relance dans le bois de Meudon. Je découvre aussi les quelques nouveautés apportées au parcours depuis ma dernière participation. Quelques montées qui font du bien, le passage dans un joli parc privé après l’observatoire de Meudon.

Aux abords de Marne la Coquette, je sais que je vais pouvoir finir la course. Comme j’avance à nouveau correctement, je repense même au petit challenge de terminer tout de même en moins de huit heures. Le dernier ravitaillement, dans le parc de Saint-Cloud, annonce la fin de course: la nuit tombe doucement, et il reste 10 kilomètres de bitume pour relier le premier étage de la tour Eiffel.

Les travaux au bord de la Seine rendent le parcours encore moins bucolique qu’avant vers Issy, où l’on grimpe cependant une dernière butte pas si mal, mais je sers les dents et me remets vraiment dans la course: dix kilomètres, ça n’est pas si long. J’ai adapté ma pose de pied pour avoir le moins mal possible. Un petit groupe de coureurs en ligne de mire, la Tour Eiffel qui scintille et se rapproche, le parc Citroen: je connais assez bien la fin de parcours.

Photos ECOTRAIL 2016 -15 - copie

Il fait nuit noire déjà mais je n’ai guère besoin de frontale ici: tout est éclairé ou presque. Je parviens en bas des marches de la tour au bout de 7h55… Trois petites minutes pour grimper les marches et je franchis finalement la ligne d’arrivée en 7h58, à la 150e place. Avec le sentiment d’avoir tout de même bien gérer la douleur et la blessure. Décidément, ça n’est pas si simple que ça de courir 80 kilomètres dans les bois d’Ile-de-France!

eco trail vincent

Photo Vincent Gaudin. Dans le bois de Meudon, ça fait mal…

Même si pendant la course j’ai pas mal pensé qu’il était décidément temps de mettre un terme à la partie « compétitive » de ma vie sportive, je sais que de tels défis me tenteront encore. C’est quand même chouette, même si c’est dur (mais pas étonnant, je ne m’entraîne plus assez spécifiqueement) de voir que je cours vraiment moins vite. Et puis l’ambiance, et puis… Je reviendrai sans doute! En attendant, il va me falloir trouver vite la solution pour repartir avec un tendon en bonne santé. De beaux défis m’attendent ces prochains mois. J’espère que le fait d’avoir forcé jusqu’au bout n’a pas été une erreur de ce côté là, mais il reste tout de même une satisfaction d’avoir terminé malgré cela!

 

 

 

 

 

 


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