Un Trail à la mode US!

Avant de repartir vers l’Europe, je me devais de participer à une course aux Etats-Unis, histoire de goûter l’ambiance du trail running à l’américaine. Mon choix s’était porté sur une épreuve très peu connue, le Cinderella Trail Run, organisé à Oakland, à côté de San Francisco, le 13 août.

La course se déroule dans un parc, le Joaquim Miller Park, à travers des sentiers plutôt bien tracés mais tout de même très pentus. Toutefois, lorsque nous arrivons sur place avec ma jolie bretonne (qui court le semi-marathon, je me suis inscrit sur le 50 kilomètres, la plus longue distance proposée ), nous ne connaissons pas le terrain. Nous arrivons les premiers sur place, en ayant pris nos précautions pour commander un Uber de bon matin. Les bénévoles s’affairent tranquillement à monter les stands et à placer les banderoles, dans une jolie clairière du parc. L’ambiance promet d’être bon enfant, nous sommes très loin ici des grosses épreuves françaises. Malgré tout, ce sont 300 coureurs qui viennent ensuite chercher leur dossard pour tenter une des distances proposées aujourd’hui: il y a en cinq, du 5 miles au 50 kilomètres! Le parcours se prête bien à cette multiplicité : il se compose de deux boucles, de 5 miles et 21 kilomètres, à parcourir autant de fois que nécessaire selon l’épreuve choisie.

Les coureurs sont équipés plutôt légers : débardeurs, torses nus, brassière et short court sont souvent de mise, et peu portent des sacs; bien souvent une bouteille d’eau à la main leur suffit. Je ne fais pas exception d’ailleurs, car les ravitaillements, malgré la chaleur annoncée, me semble suffisant.

cinderella

 

Tout le monde part en même temps, à part les concurrents du 5 miles qui patienteront uen demi-heure de plus. Dès les premiers mètres, je me rends compte que cela ne va pas être une balade de santé : ça grimpe directement assez fort, le niveau général n’a pas l’air mauvais du tout, et je sens bien que les quelques tous petits footings que j’ai effectué depuis trois mois vont être justes pour tenir vraiment la distance. Ma condition physique est bonne, vu tout le vélo et la randonnée absorbés, mais l’entraînement spécifique ne peut être remplacé. Après quelques lacets à bonne allure, je ralentis déjà et pense seulement à rallier la ligne d’arrivée en courant et en prenant du plaisir.

cinderella start

Je peux encore profiter de la beauté des lieux : le parcours, tout en bosses, parfois courtes mais parfois longues et franches, nous transporte en effet sous de très beaux arbres et offre aussi quelques belles vues sur la baie de San Francisco et sur d’autres collines. C’est très agréable. Le sol, plutôt souple mais ferme sous la semelle, répond bien. Les sensations sont encore presque agréables et l’ambiance de ce premier tour est distrayant, puisque je partage mon effort avec de nombreux concurrents du semi-marathon. Mais au fil des kilomètres, mon allure se dégrade inévitablement et je commence à peiner. La chaleur s’installe aussi et je suis déjà bien entamé lorsque je boucle le premier tour de 21 kilomètres.

Lorsque je monte une nouvelle fois la première grosse butte du parcours, je sais que la suite va être difficile. Je repasse bientôt aux alentours du premier ravitaillement, où je croise avec bonheur ma jolie bretonne, qui semble bien plus fraîche que moi. Il ne lui reste que deux miles pour boucler le semi, ce qu’elle fera donc sans souci! Pour moi, l’aventure est encore longue et je me retrouve bientôt seul à affronter le sentier pour ce deuxième tour.

Et ce deuxième tour sera effectivement difficile. J’ai de plus en plus de mal à trottiner, même sur les rares portions plates, et je n’avance plus bien vite. Quelques coureurs me laissent sur place. J’aurai juste la force de suivre un peu un coureur de Bangalore, en Inde, avec qui je discute un instant.
C’est vraiment dur. Dans ces moments là, je me demande bien comment un jour j’ai pu courir assez vite. Je n’ai certes guère couru ces derniers mois, et c’est en courant que l’on devient coureur. Assez cruellement, il faut toujours remettre le métier sur l’ouvrage pour le rester. Malgré ma bonne condition physique de randonneur, je ne peux plus tenir le rythme. Mais au fond de moi, je reste toujours le coureur que j’ai été, et je suis bien décidé à aller au bout de cette expérience américaine. Après tout, j’ai vu pire.
Je vais prendre le temps de me reposer un peu au ravitaillement du 38e kilomètre, boire un Sprite en entier. Repartir et retrouver ma jolie bretonne, qui a terminé son semi-marathon il y a déjà longtemps, au passage de la ligne d’arrivée du marathon. Elle me demande, vu mon état, si je ne veux pas plutôt arrêter là. Mais je repars, elle m’accompagne quelques hectomètres, pour une nouvelle boucle. Cinq petits miles (8 kilomètres) que je commence à connaître, sur les sentiers du Parc. À l’ombre des grands arbres, la chaleur est supportable, mais certains passages plus découverts sont devenus une étuve. Je marche, je prends mon temps pour retrouver un petit rythme. Les derniers kilomètres offrent heureusement un profil descendant, je croise quelques coureurs puisque le parcours passe et repasse à cet endroit et nous nous encourageons mutuellement. « Good job! ».
Je suis soulagé de passer la ligne après 7h13 d’effort. C’est très lent, pas encourageant du tout en vue de mon hypothétique participation à la TDS juste quelques heures après mon retour en France dans dix jours, mais je suis content d’avoir bouclé ce 50 kms du Cinderella Trail et d’avoir pu goûter jusqu’au bout à cette première expérience du Trail US. Chacun termine sa course dans une ambiance bon enfant et intimiste, quelques steack attendent preneur sur le barbecue. Je bois une bière pour fêter ça, avec ma jolie bretonne. Nous allons pouvoir terminer tranquillement notre si beau voyage californien. J’ai le temps, après tout, pour redevenir un vrai coureur.

 


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