UTMES, deuxième édition sous la tempête du désert!

Je reviens finalement assez peu souvent sur une même épreuve. Mais pour l’UTMES, il m’a semblé naturel de repartir au défi de ces 110 kilomètres entre montagne et désert, organisé par mon ami Mohamad Ahansal, aux portes du Sahara marocain.

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Photos Michael Raab / Laufcoaches.com

La première édition de l’UTMES, c’était il y a déjà un an et demi, en octobre 2016. J’avais bien souffert, la chaleur m’avait causé pas mal de soucis d’estomac et j’avais bouclé cette grande boucle dans la souffrance, au bout de 22 h 26 d’efforts. C’est peut-être, curieusement, cela qui m’a fait revenir : j’avais quand même envie de faire mieux. Ou de mieux vivre ce très beau parcours qui présente la particularité de faire découvrir tous les aspects du désert marocain : la falaise qui domine le Draa, les gorges, les plateaux et bien sûr les grandes dunes. Ce sont même les plus hautes du pays, à Chegaga, qui sont à escalader ici.

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Je retrouve l’ambiance marocaine avec plaisir en rejoignant le groupe de coureurs à Marrakech. C’est la 20e fois que je cours dans le royaume. Cette fois-ci encore, ce sera au contact d’un peloton international et cosmopolite, puisqu’il est composé d’allemands, de suisses, d’anglais, d’autrichiens et de quelques français auxquels s’ajoutent bien entendu les locaux. C’est mon collègue et ami allemand Michael (il organise des déplacements sur des courses sympas : http://www.laufcoaches.com/) qui conduit le groupe jusqu’au bivouac Ahansal, installé à dix kilomètres de Zagora, où Mohamad et son équipe nous attendent.

Nous nous y rendons en bus le lendemain. Le trajet est mouvementé car la neige tombe fort sur le col du Tishka!  Certains véhicules ont bien du mal à avancer et nous ne roulons vraiment pas vite…

Nous arrivons finalement assez tard au bivouac. Il fait beau aux portes du désert, et bien sûr il n’y a pas de neige.

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Mohamad me confie qu’il est tout de même étonné : en général, neige sur le Toubkal signifie tempête de sable et orages ici.
Le lendemain, c’est détente, plantation de palmiers (ceux que nous avions planté l’an passé ont un peu poussé), et préparation finale des sacs et des coureurs.
Un gros défi m’attend tout de même : 110 kms à travers dunes et roches reste un gros morceau. J’avais donc bien souffert il y a un an et demi et j’espère juste être capable de mieux vivre l’expérience.
Le lendemain, nous sommes donc réunis sur la ligne de départ. La plupart de mes compagnons partent pour effectuer la distance en deux étapes, puisqu’une formule avec un bivouac prévu à mi-parcours est proposée cette année. Mais j’ai un petit défi personnel à améliorer mon temps et mes sensations sur la boucle complète.
Nous l’effectuons dans le sens inverse, mais ça ne change pas grand chose a priori. Je suis plus confiant vis à vis de la chaleur: il fait certes chaud au soleil, mais moins que lors de la première édition.
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Je pars prudemment, même si je sais que la relative fraîcheur du matin et le profil plat des premiers kilomètres vont me permettre de trottiner. Le peloton s’ébroue, quelques marocains partent comme des flèches, les autres concurrents sont plus prudents.
Je me retrouve vite en compagnie de Patrick, un cheminot français qui travaille à l’installation du TGV au Maroc, et de Lhoucine, un guide marocain dont l’agence gère ici la logistique. Après 10 kilomètres, je laisse mes deux compagnons de route pour poursuivre à mon rythme alors que la pente s’élève.
Le terrain est technique : pas de sable ici, mais beaucoup, beaucoup de cailloux. Le soleil commence à taper plus dur, même si cela reste supportable. J’essaie de doser mon effort, mais cela devient vite assez difficile.
Le premier col est passé. Dans la descente, je rejoins Jenny, une professionnelle écossaise qui construit des stages d’entraînement avec Mohamad à destination du public britannique, très friand du Marathon des Sables. Elle me redépassera un peu plus tard.
Je temporise car le long plateau de dunettes qui mène au pied des grandes dunes de Chegaga n’est pas simple. La marche devient mon mode de propulsion, c’est plus économique ici pas forcément beaucoup moins rapide.
Après le ravitaillement qui marque l’entrée dans les immenses dunes de Chegaga, Lhoucine me rejoint. Nous allons faire dès lors route commune jusqu’à l’arrivée.
Je peine beaucoup dans la partie la plus difficile de ce parcours : les dunes de Chegaga sont les plus hautes du Maroc. L’endroit est splendide, mais atteindre le sommet n’est vraiment pas simple, surtout après 50 kilomètres dans les jambes. Heureusement, Lhoucine connaît bien les lieux et nous adoucit un peu la tâche en attaquant les dunes par la face sud, où le sable est un peu plus dur.
Je suis tout de même bien cuit lorsque nous rejoignons l’ami Jorge, venu faire des photos, tout en haut du point culminant, puis Michael, à la cime d’une autre dune à peine moins haute.
Nous rejoignons peu après le bivouac, où sont déjà arrivés pas mal de nos compagnons venus disputer l’épreuve en deux étapes. Nous nous octroyons une demi-heure de repos, j’arrive à boire un peu malgré un estomac bien en vrac. C’est un peu dur de voir les autres coureurs détendus et passés en mode récupération, mais nous avons bien décidé de continuer.
Nous repartons à l’heure dite, même si Lhoucine me laisse finalement partir devant car il doit régler un petit point de logistique pour le bivouac.

Un autre plateau sableux nous attend. Je marche d’un bon pas. Je suis tout de même en avance de près de 4 h sur mon temps de l’an passé, et en meilleur état. Comme le soir et la nuit, plus frais, s’annoncent, je me dis que malgré la fatigue je vais pouvoir tenir ce rythme. Je marche à plus de 7 km/h lorsque le terrain est un peu plus porteur, c’est encourageant.
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Lhoucine me rejoint au bout d’une heure et demi. Nous avons bien avancé. Mais un élément inattendu va contre-carrer nos plans : le vent se lève soudainement et les premières gouttes de pluie tombent à l’instant même où le soleil se couche.
Le ciel se zèbre : l’orage est sur nous. Heureusement, nous arrivons pile à un point de ravitaillement où se trouve un 4×4. Nous y retrouvons le chauffeur, en charge de ce PC, et Jeny, qui avait finalement décidé de continuer après le bivouac et que nous venons de rejoindre.
Une discussion téléphonique s’en suit avec Mohamad. L’orage est violent et il nous demande de stopper là, car l’oued que nous devons franchir un peu plus loin peut vite gonfler.  Nous dormirons chez des nomades qui ont installé leurs tentes pas loin.
C’est donc un bon tagine, du lait de chèvre et une nuit sous la tente qui nous attend. Il ne fait pas chaud et la pluie tombe maintenant drue mais nous sommes bien à l’abri et bien accueillis par la famille nombreuse. Deux parents, la grand-mère et huit enfants. Dehors, chèvres et dromadaires vont faire pas mal de bruit toute la nuit.
Au petit jour, nous reprenons la course là où nous l’avons quitté. Je fais à nouveau chemin en compagnie de Lhoucine.
Nous marchons d’un bon pas, la nuit n’a pas été très reposante et la fatigue est là. Le soleil est revenu et il fait même plus chaud qu’hier. Mais le décor est particulièrement agréable : nous nous enfonçons dans un canyon creusé dans la roche, en circulant dans le lit de la rivière.
Ça monte. Juste avant le col, nous sommes rejoints par les premiers coureurs de la course par étape. Aziza, qui semble très en forme, et Franck, qui grimpe avec moi les derniers kilomètres de pentes.
Il nous laisse juste avant le col, pour terminer la descente en courant plus vite. Avec Lhoucine, nous prenons un peu notre temps. L’essentiel maintenant est d’arriver à bon port.
Il fait vraiment chaud en bas et les derniers kilomètres qui nous ramène vers le camp et la ligne d’arrivée nous paraissent bien longs.
Après avoir louvoyer entre les dunettes, nous entendons enfin distinctement la sono de la ligne d’arrivée. Y a de l’ambiance.
Perché sur la dernière dunette avant l’arrivée, Lahcen Ahansal nous salue et nous filme. C’est toujours sympa de le voir.
Son frère nous attend sur la ligne, avec le reste des organisateurs et les quelques coureurs déjà arrivés. Lhoucine et moi sommes heureux d’achever cette belle et longue balade. 18h59 de mouvements. Difficile à dire, avec l’arrêt forcé de la nuit, si ma performance est bien meilleure que l’an passé, mais je pense que je n’aurai pas perdu quatre heures en poursuivant, d’autant plus que la nuit fraîche me convient bien.
Mais la nuit chez les nomades et l’inponderable de l’orage me laisseront forcément un souvenir plus fort, et c’est bon aussi de courir des trails où l’on doit encore vraiment composer avec les éléments dans une nature sauvage.
Maintenant, je peux encore profiter un instant du calme du désert et des amis, avant de repartir vers la France retrouver ma jolie bretonne.

 


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