Le vent des steppes et le soleil de l’Aubrac. Saint Guilhem étape 1.

Lorsque je repars ce matin de mon agréable hôtel d’Aumont Aubrac (l’établissement Prunier – une institution ici- qui a su se moderniser tout en gardant un aspect « douce France », et son téléphone mural désormais désuet et décoratif), je sais que je m’elance en terrain connu.

J’ai donc parcouru cette même étape sur mon premier chemin de St Jacques, puisque le St Guilhem et le GR65 font route commune jusqu’à St Chely. Les 44 kilomètres du jour ne seront donc pas inédits.

Mais comme cette étape est un très bon souvenir, je me réjouis de la parcourir à nouveau. D’autant plus que comme il y a cinq ans, le soleil s’annonce de la partie.

Cinq ans… J’avais marché en compagnie ce jour-là : Didier, guide et ami, et Denis, un coureur que je n’avais encore jamais rencontré le matin jusqu’à Nasbinal, puis Philippe et son épouse, organisateurs du trail de Lozère. Aujourd’hui, je vais marcher seul.

Mais ma journée sera belle quand même. Je retrouve avec plaisir les grands espaces de l’Aubrac. Une véritable steppe. Horizons ouverts, couleurs ocres. La terre, par endroits, est aussi rouge que de la latérite.

Bien entendu, je me remémore ce parcours d’il y a cinq ans. Le chemin parcouru depuis aussi. Je me sens bien plus serein maintenant. Alors, entre incertitude professionnel et désarroi amoureux, je marchais sans doute aussi pour me prouver quelque chose. Je pensais encore beaucoup à « une jolie vache déguisée en fleur », qui m’avait fait souffrir un peu plus tôt, et trouvais dans la rencontre avec les jolies vaches (d’un autre genre) de l’Aubrac du réconfort.

Aujourd’hui, ces demoiselles aux yeux faits sont encore là, nombreuses, à me regarder passer. Je suis heureux de les retrouver, dans un autre état d’esprit et même si j’ai laissé à Paris la femme de ma vie.

Je marche seul mais ne le suis pas sur le sentier : ce tronçon commun aux deux chemins historiques est encore bien fréquenté. Par ce beau temps de septembre, ces pèlerins n’ont pas eu tort de partir un peu tard dans la saison.

J’arrive à Nasbinal sous le coup de treize heures. Une terrasse au soleil et je m’accorde une bonne pause avant de repartir dans les grands espaces.

Le sentier se poursuit entre les murets de pierres, les barrières que l’on referme derrière soi et entre les troupeaux.

Juste avant Aubrac, un panneau d’information m’indique que l’Aubrac, dans des temps anciens, était recouvert de forêt. Les puissantes confréries de moines orchestrerent ensuite une vaste déforestation pour permettre à l’élevage de se développer. D’abord des ovins, puis des bovins. Les jolies filles aux yeux faits que l’on peut encore admirer aujourd’hui sur le plateau.

Finalement, cette intervention humaine a créé une biodiversité tout à fait unique et précieuse, qui s’est installée au fil du temps sur cet Aubrac aux espaces ouverts. Comme quoi même en écologie les choses sont complexes et la nature indomptée n’est pas seule source de richesse. Encore faut-il sans doute ne pas la dévaster totalement.

La forêt, repoussée de l’Aubrac il y a des siècles, je la retrouve pour la fin de l’étape. Le sentier se fait plus ombragé, dévalant doucement sur un petit sentier empierré jusqu’à St Chely.

Ce qui est bien agréable quand on voyage avec la Pèlerine, c’est que le repos du marcheur est à la fois douillet et charmant : je suis heureux de poser mon sac à l’auberge des coudercous. C’est de ce refuge confortable que j’écris ces lignes.


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