St Enimie la belle, St Guilhem épisode 4.

Je vous écris d’un bien bel endroit. Vous me direz qu’avec la vie que je mène, ça m’arrive souvent. Certes. Mais le village de St Enimie, où je suis arrivé tout à l’heure, possède quand même un charme particulier. C’est assurément un des « plus beaux villages de France ». Un site spectaculaire, une architecture médiévale préservée, une harmonie entre les maisons et les pierres de la falaise du Tarn. Tout y est. Le genre d’endroit que la planète entière nous envie, mis à part peut-être l’Italie et l’Espagne. Pourtant, ma journée avait commencé sous un ton bien plus gris. Le beau temps qui me suivait depuis le début de l’été (j’ai été particulièrement verni à ce niveau-là : trois semaines de beau au Colorado, un ciel radieux sur la Vanoise pendant quinze jours, les seuls orages ayant la bonne idée de s’abattre lorsque je suis en ville et à l’abri!)a laissé place à la pluie. Je repars donc des rives du Lot en direction de La Canourgue sous les eaux et un ciel bien plombé. Comme j’ai visité la « Venise de Lozère » hier sous le ciel bleu, je me contente de poursuivre mon chemin en la dépassant. Une bonne côte m’attend. Je remonte ainsi sur un chemin empierré vers le causse de Sauveterre. En ce gris matin, la beauté du sentier me paraît un peu plus austère. Le temps influe forcément sur les pensées. Les miennes, ce matin, sont un peu plus anxieuses, mélancoliques aussi, que celles des jours précédents, pleines d’optimisme. La quiétude est totale. Les oiseaux se sont tus. Mais pas longtemps : des vrombissements terribles parviennent à mes oreilles. Les rubalises que je rencontrent depuis quelques kilomètres ne signalent pas un parcours de trail ou de VTT comme je l’espérais : je croise ce matin une épreuve de moto! J’ai beau me dire qu’à chacun son plaisir, je dois dire que voir ces engins saccager les sentiers et assassiner un instant l’harmonie des bois m’agace beaucoup. Je dois me ranger pour les laisser passer, et dans certains virages je cours avec l’inquiétude de voir débouler un de ces bolides. Je ne croiserai que ces motards (par ailleurs plutôt aimables je dois bien le dire) ce matin, mis à part un groupe de randonneuses qui me demandent leur chemin. Je retrouve le calme du sentier après le hameau du Sec. Ensuite, je peux profiter pleinement de ma randonnée sur le causse de Sauveterre. Elle est ponctuée, entre une végétation constituée de pins plus ou moins hauts et rares, par des menhirs et des dolmens. Ces monuments d’un temps encore bien plus ancien que celui de St Guilhem, me rappelle encore une fois que ces chemins d’histoire en ont plus d’une. De Je ne sais quels dieux honoraient ici les Gaulois, mais il me semble que tout comme les nombreuses croix que je rencontre sur mon parcours, ces pierres rendent hommage aux forces de la nature si palpables ici. La descente vers St Enimie est assez longue et rude. Le chemin, large, est très caillouteux. Mais quelle récompense de découvrir enfin le site de St Enimie, blottie dans les gorges du Tarn tout en bas.

Je passerai ensuite un bon moment à parcourir les ruelles, si bien préservée, pour un nouveau voyage à travers le temps, après les menhirs, celui des chevaliers, des moines et des paysans caussenards.


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