Sur le chemin Urbain V, première journée : c’est beau la Lozère en automne !

Je suis arrivé assez tard à Mende hier soir. Depuis Paris, c’est un peu le bout du monde. Ou le centre, mais difficile à atteindre. Enfin, c’est bien desservi finalement, mais ça ne va pas vite. Trois heures et demi de train, presque autant de bus.

C’est la deuxième fois que je viens à Mende cette année, et j’ai pris le même bus jusqu’à Aumont-Aubrac le mois dernier pour rejoindre le chemin de St Guilhem. D’ailleurs, si je pars de Mende pour ce chemin Urbain V, c’est surtout parce que le début du parcours, de Nasbinal, est quasiment commun avec le St Guilhem. Ils se séparent peu avant Mende. Etant donné le temps dont je dispose, mieux valait partir de Mende pour découvrir sereinement ce chemin sur les traces du pape Urbain.

Ma soirée mendoise n’est cependant pas solitaire : je suis rejoins au dîner par Jean-Paul Peytaven, le président de l’association du chemin Urbain V, et Dorian, salarié de la même association que j’avais déjà rencontré. Jean-Paul me raconte la génèse du chemin, l’idée de créer quelque chose autour de la figure du dernier pape d’Avignon, figure de la Lozère. Au départ un petit bout de sentier de Mende à Quézac, puis un projet qui grandit pour créer un bel et grand itinéraire.

Et Jean-Paul est un visionnaire : il veut encore développer son chemin, l’amener jusqu’à Marseille et même Rome. Et puis surtout, il veut qu’Urbain V soit un chemin moderne : une appli a été créée, le chemin est bien présent sur les réseaux sociaux. Jean-Paul veut un itinéraire historique mais actuel, qui puisse attirer les trentenaires, les familles. Avec des points d’intérêts tout au long du parcours « et quand il n’y en a pas sur plus de six kilomètres, on a le projet d’en créer sur le parcours! » m’explique t il.

Et il n’a pas tort : le chemin attire déjà prés d’un millier de randonneurs par an, et cela créer du tourisme et de l’économie, déjà. D’ailleurs, l’agence La Pèlerine, avec qui je collabore sur cette grande randonnée, y a cru tout de suite.

Il est encore assez tôt ce matin lorsque je quitte l’hôtel du pont du Roupt.

Une belle lumière d’automne éclaire les rives du Lot. Tout est calme; je crois deux courageuses joggeuses dans la fraîcheur du matin. Je retrouve les petites rues de la grande ville de Lozère, où il me semble qu’il fait bon vivre. Puis je parviens à la cathédrale, devant laquelle trône la statue d’Urbain V.

Mon chemin débute donc clairement sous l’ombre du grand homme. Mais pour l’instant, je ne vais pas loin : je stoppe à l’office de tourisme pour bavarder un instant avec Cyril, le patron, qui m’a invité en mai dernier sur le festival de la randonnée et avec qui j’avais bien sympathisé. Notre rencontre est sympa, mais mon étape est longue : Ispagnac est à 38 kilomètres, il me faut me mettre en marche.

Je connais en fait tout le début du parcours, pour l’avoir justement parcouru en mai dernier lors du festival, mais à rebours. Une bonne montée m’attend. C’est assez raide, d’ailleurs c’est un chemin de croix. Mais avec la fraîcheur de ce début d’itinérance, malgré l’enchaînement, ça passe bien.

Je parviens assez vite en haut, dans la forêt d’où j’admire de belles vues sur Mende, puis sur le causse.

Je ne suis pas encore tout à fait au chemin; mes pensées s’éparpillent. Il est vrai que les mois prochains s’annoncent bien remplis, qu’un gros défi professionnel m’attend juste après ce sentier, que pas mal de changements vont sans doute frapper à ma porte. Je suis distrait par ces pensées, autant que par le paysage ouvert qui les portent.

C’est sans doute pour cela que je rate un embranchement avant de descendre vers le hameau de Lanuejols. Pas bien grave cependant, je rattrape vite mon erreur.

Les pentes se succèdent. Le causse fait place à quelques belles collines où les couleurs de l’automne éclate. Le parcours est aussi pimenté par de belles fermes à l’architecture caussenarde : du solide, de la pierre, et c’est beau. Le ciel, un peu gris à mon départ de Mende, est maintenant d’un bleu parfait.

J’admire le fameux clocher à tourmente de La Fage, qui me rappelle qu’il n’a pas toujours fait aussi beau ici. Il servait en effet à se repérer dans les tempêtes de neige pour regagner le village!

Ma marche est un peu moins aisée : mon tendon d’Achille, qui s’est mis à me faire souffrir après le St Guilhem, fait des siennes. J’ai aussi commis une erreur de débutant, presque impensable : oublié d’acheter un sandwich alors que le parcours est dépourvu de ravitaillement, et même oublié ma gourde! Heureusement quelques fontaines étanchent ma soif et la température est parfaite. J’ai les réserves pour tenir jusqu’à Ispagnac sans manger.

La fin de mon parcours va vraiment m’enchanter : je parviens d’abord au site néolithique des menhirs des Bondons, un des plus importants du genre. Il paraît que les hommes d’alors n’étaient pas des plus pacifiques : on a trouvé de nombreux crânes fracturés, et aussi des trépanations chirurgicales! Sans doute des premières à l’époque.

Mais tout est calme et doux aujourd’hui. Un peu plus loin, je croise une ferme. Dans les bois, sur le chemin, je rencontre deux ânes et un beau troupeau de gros moutons bien laineux. Bien entendu, ces derniers ont peur de moi, et s’enfuient dans la pente abrupte qui descend à la rivière ( le Tarn en l’occurrence). Ils sont agiles, mais c’est bête un gros mouton !

C’est ce décor parfaitement bucolique qui m’accompagne jusqu’au magnifique pont d’Ispagnac. Les couleurs et la lumière sont sans pareil à cette époque de l’année. Les ocres, les oranges et les jaunes flamboient.

Je marche encore dans le village et stoppe d’abord à la supérette : 38 kilomètres sans manger ça commence à creuser!


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